Vingt-huit soldats ont été tués au cours d’une embuscade dans la région de Tillabéri. L’Etat islamique a revendiqué l’attaque.

Leur convoi a sauté sur une mine dissimulée avant que la fusillade n’éclate, selon le récit fait par les survivants. Le combat, «d’une rare violence», a duré plus de deux heures. Vingt-huit soldats nigériens ont été tués mardi matin. Vingt-deux autres ont pu s’échapper et rejoindre leur base de Ouallam, à une centaine de kilomètres au nord de la capitale, Niamey. C’est le plus lourd bilan pour l’armée nigérienne sur ce front depuis 2013, lorsque les groupes islamistes armés qui s’étaient emparé des villes du nord du Mali ont été dispersés par l’intervention militaire française de l’opération «Serval». Le gouvernement a décrété trois jours de deuil national. Ce jeudi, l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) a revendiqué l’attaque.

«Mécontentement des populations locales»

«La patrouille nigérienne traquait les terroristes qui ont attaqué lundi la prison de haute sécurité de Koutoukalé», à 50 kilomètres au nord de Niamey, a détaillé une source sécuritaire à l’AFP. L’embuscade a eu lieu à quelques kilomètres du village de Tongo Tongo, à la sortie duquel quatre membres des forces spéciales américaines et cinq militaires nigériens avaient été tués en 2017. A l’époque, l’EIGS, actif le long de la frontière Mali-Niger, mais aussi Niger-Burkina Faso, avait déjà revendiqué l’attentat. «La pression exercée par les Français [de l’opération Barkhane] dans la région de Ménaka, au Mali, a déplacé la menace vers le sud», rappelle Mahamoudou Savadogo, chercheur indépendant sur les questions de sécurité au Sahel. L’organisation est dirigée par Adnane Abou Walid al-Sahraoui, mais «son lieutenant le plus actif est un certain Adoul Hakim, lui aussi originaire du Sahara-Occidental». Les deux hommes, et une partie de leurs combattants, sont issus du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), qui occupa la ville malienne de Gao en 2012.

Des pick-up appartenant au Mouvement pour le salut de l’Azawad patrouillent dans la région de Ménaka, le long de la frontière entre le Mali et le Niger, le 4 février 2018.

Etant donné sa zone d’activité, l’EIGS a également été soupçonné d’être derrière l’enlèvement des touristes français Laurent Lassimouillas et Patrick Picque, libérés la semaine dernière par un commando des forces spéciales françaises. «L’EIGS recrute de plus en plus dans la zone sud de la région du Tillabéri [où l’attaque de mardi s’est produite, ndlr], commente un connaisseur de la région. Comme partout ailleurs, il s’appuie sur le mécontentement des populations locales vis-à-vis de l’Etat, très faible dans la zone.»Certaines communautés qui s’estiment marginalisées, voire stigmatisées, comme les Peuls Toleebe, éleveurs nomades, sont la première cible des recruteurs jihadistes.© SOULEYMANE AG ANARA Des pick-up appartenant au Mouvement pour le salut de l’Azawad patrouillent dans la région de Ménaka, le long de la frontière entre le Mali et le Niger, le 4 février 2018.

Alliance très controversée

Au Mali, en 2018, les militaires français de Barkhane ont fait le choix de s’appuyer sur des mouvements armés locaux loyalistes – le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) et le Groupe autodéfense touareg imghad et alliés (Gatia) – pour combattre l’EIGS. Une alliance très controversée. «En dépit de succès militaires ponctuels, le recours à ces groupes à des fins contre-insurrectionnelles renforce les tensions intercommunautaires et menace d’embraser la région, notait un rapport de l’International Crisis Group paru l’an dernier. Ce que Barkhane conçoit comme des opérations antijihadistes menées en coordination avec le MSA et le Gatia est perçu localement comme un appui français à certaines communautés contre d’autres.»

De son côté, Niamey a tenté d’ouvrir un canal discret de négociation avec certains responsables jihadistes. «Les autorités nigériennes disposent d’une expérience significative en la matière. Elles négocient depuis les années 1990 avec les groupes armés à base communautaire du Nord et de l’Est. Plus récemment, elles ont tendu la main aux recrues nigériennes de Boko Haram dans la région de Diffa, explique le même rapport. Le primat donné aux réponses militaires exacerbe les antagonismes locaux au lieu de juguler les violences. Les autorités nigériennes devraient poursuivre leurs efforts pour engager un dialogue avec les groupes armés, y compris ceux qui se réclament du jihad.» Mais avec l’EIGS

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