Le Français Philippe Bohn n’est plus directeur général d’Air Sénégal. Il a été relevé de ses fonctions, ce vendredi, et remplacé par Ibrahima Kane, qui était jusque-là le directeur du Fonds souverain d’investissements stratégiques (Fonsis).

Dans un communiqué parvenu à Seneweb, le Conseil d’administration de la compagnie informe que Bohn devient membre du Conseil d’administration de la compagnie en qualité d’administrateur.

Nommé au mois d’août 2017, Philippe Bohn aura passé 20 mois à la tête de la nouvelle compagnie sénégalaise. Ainsi se termine une idylle qui semblait partie pour défier le temps et les turbulences d’un secteur où le Sénégal a déjà connu deux ratés (Air Sénégal international, Sénégal Airlines).

En effet, en l’engageant, l’État sénégalais, seul actionnaire à travers la Caisse de dépôt et consignations (Cdc), avait déroulé le tapis rouge au désormais ex-patron d’Air Sénégal.

Coup de foudre de Macky Sall

Jeune Afrique (JA) informait, en septembre 2017, que c’est le chef de l’État lui-même qui a pris son téléphone pour convaincre Philippe Bohn de prendre les commandes de la jeune compagnie.

Doté d’un capital (entièrement supporté par l’État) de 40 milliards de francs Cfa et des pleins pouvoirs (choix des hommes clés, haute main sur la stratégie…), il avait accepté l’offre.

“L’objectif pour Macky Sall était de choisir un homme de confiance, qui puisse canaliser les ambitions et convaincre les hommes politiques sur les priorités à établir”, confiait un proche de Bohn, repris par JA.

Ancien “Monsieur Afrique” d’Airbus, jouissant d’une solide réputation dans le secteur, le professeur de yoga et ancien photo-reporter présentait, au vu de l’enthousiasme des autorités sénégalaises, le profil de l’emploi.

Les choses ne se passeront visiblement pas comme prévu. Certes Air Sénégal a tour à tour lancé ses activités commerciales, pris la place de Corsair pour la ligne Dakar-Paris et acquis deux avions, notamment, mais la gestion de Philippe Bohn s’est avérée, selon ses détracteurs, désastreuse.

D’après des informations de Seneweb, le manager français paie pour avoir donné trop de pouvoir au directeur Réseau et Expérience client de la compagnie, Éric Iba Guèye.

Nous avons tenté de joindre les deux hommes, mais “ils sont indisponibles” selon un de leurs proches contacté par nos soins.

Guèye a été engagé en septembre 2018 pour, selon une note de cadrage de la direction générale, “établir l’architecture du réseau, superviser la communication relative au réseau de route, proposer des produits innovants, coordonner la réalisation des projections des recettes”.

Éric Iba Guèye, un “Bohn plan”

Mais très vite, avancent nos interlocuteurs, il est bombardé par Bohn numéro 2 de la compagnie à la place de Jérôme Maillet, le directeur général adjoint. Il cumule, dit-on, de nombreuses fonctions (commercial, exploitation, handling, catering), siège au Conseil d’administration et signe des contrats ainsi que des chèques.

Pourtant, souligne nos informateurs, “aucune nouvelle ligne n’est ouverte sauf celles initialement prévues dans le business plan de la compagnie”. Pis, accuse-t-on, Éric Guèye “proposait généreusement des billets d’avion à l’ensemble de ses amis”.

“Une fille d’un ancien président de la République, la proviseur d’un lycée français de la place, le directeur général d’une société de nettoyage entre autres ont bénéficié de billets en classe affaires à 130 mille francs Cfa (moins cher qu’un aller-retour Dakar-Ziguinchor !), renseigne une de nos sources. Que dire également des enfants de ce même directeur qui vont et viennent entre Dakar et Paris avec leurs petites amies en étant considérés comme faisant partie des employés de la compagnie ?”

D’après nos interlocuteurs, Éric Guèye, qui reste, pour l’instant, directeur Réseau et Expérience client, a fait bénéficier à 140 personnes d’une gratuité totale. Ce qui aurait fait perdre à Air Sénégal 100 millions de francs Cfa dont 30 millions de taxes et redevances non reversées à l’État. Sans compter, souffle-t-on, que “ce sont les sœurs du directeur (Réseau) qui emportent des marchés sans appel d’offres. L’une d’elle évolue dans l’univers des cosmétiques et l’autre de la restauration”.

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