Entrevue historique à Asmara

Le premier ministre éthiopien s’est rendu dimanche 8 juillet à Asmara où il a été accueilli par le président érythréen. À sa descente d’avion, Abiy Ahmed a salué le président Isaias Afwerki et l’a pris dans ses bras. Ils n’ont fait aucun commentaire.

Le chef de cabinet de Abiy Ahmed a déclaré par tweet que « la visite offre une occasion extraordinaire pour promouvoir la paix pour le bien de nos peuples ».

L’Érythrée est une ancienne province éthiopienne sur la mer Rouge. Elle a déclaré son indépendance en 1993 après avoir chassé les troupes éthiopiennes de son territoire en 1991 au terme de trois décennies de guerre. Un contentieux sur la délimitation de leur frontière commune a dégénéré en guerre ouverte entre 1998 et 2000. Elle a causé la mort de 80 000 personnes.

Un nouveau pouvoir à Addis-Abeba

La rencontre du dimanche 8 juillet fait suite à l’annonce par Abiy Ahmed le mois dernier de la volonté de l’Éthiopie de céder à l’Érythrée un territoire frontalier disputé qu’elle occupe malgré un jugement d’une commission indépendante internationale soutenu par l’ONU datant de 2002. Cette promesse d’un retrait éthiopien de la zone contestée, dont la ville de Badme, ne s’est pas encore concrétisée. L’initiative a débouché sur l’envoi fin juin à Addis-Abeba d’une délégation érythréenne de haut niveau.

En Éthiopie, Abiy Ahmed est arrivé au pouvoir en avril 2018. Ce jeune leader de 42 ans, d’ethnie oromo, a marginalisé la vieille garde tigréenne, honnie d’Issaias Afwerki. Il a amorcé un train de réformes sans précédent depuis plus de vingt-cinq ans dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique.

Visite américaine en Érythrée

En Érythrée, après la fin de la guerre, Issaias Afwerki a imposé un régime autoritaire, qu’il justifie par une supposée menace éthiopienne. Au pouvoir depuis 1993, le président érythréen, âgé de 72 ans, a soumis son peuple à un service militaire à durée indéterminée et il a refusé d’organiser des élections. Accusé de violations des droits de l’homme, son régime est régulièrement montré du doigt par la majorité de la communauté internationale.

Mais, fin avril, le sous-secrétaire d’État américain en charge de l’Afrique, Donald Yamamoto, a effectué la première visite d’un haut responsable américain en Érythrée depuis des années.

D’abord proche du Qatar, Issaias Afwerki a changé d’allégeance en 2015, en se rapprochant de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis qui ont utilisé le port d’Assab pour la guerre au Yémen.

Espoir de levées des sanctions

L’Érythrée pourrait tenter de faire payer l’utilisation des ports de Massawa et Assab à l’Éthiopie, qui depuis l’indépendance de l’Érythrée n’a plus d’accès à la mer et dépend de Djibouti pour son commerce.

L’Érythrée espère aussi que sa bonne volonté sera récompensée par une levée des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptées en 2009 en raison notamment de son soutien présumé aux islamistes somaliens chebab.

Pierre Cochez

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