En Afrique, de grands groupes occidentaux s’encrent dans le secteur du luxe depuis plusieurs décennies. Parmi eux, Cartier, la célèbre maison française de joaillerie. Dans cet entretien, Alessandro Patti, directeur général de Cartier Afrique, revient sur le parcours de la maison à travers le Continent, ainsi que sur ses récents investissements stratégiques.
La Tribune Afrique : Cartier, qui tend récemment à renforcer sa présence sur le continent avec notamment la réouverture en grande pompe fin 2016 de sa boutique casablancaise, partage-t-elle l’optimiste autour du marché africain du luxe ?

Alessandro Patti : Cela fait 30 ans que Cartier est en Afrique et nous avons compris une chose : l’Afrique est une galaxie de 54 pays et chaque pays a ses propres règles et dynamiques. Le Maroc est actuellement un marché porteur en matière de luxe, avec l’Afrique du Sud, parce qu’il existe des conditions qui permettent aux maisons de luxe d’offrir la même expérience d’achat qu’en Europe.

Fin 2016, l’ouverture de notre nouvelle boutique au sein de l’hôtel Hyatt Regency de Casablanca a en effet été l’un de nos plus importants projets sur le Continent.

Plus grande boutique Cartier d’Afrique avec ses 350 m2 de surface et une façade impressionnante de 40m de long, cet écrin offre une expérience unique à la clientèle marocaine comme internationale, à travers des salons privés côtoyant des espaces dédiés aux créations de la Maison.

Au fil des années, un lien important s’est tissé entre l’Afrique et Cartier et nous pouvons être fiers du développement de nos activités.

Sur combien de marchés Cartier est-il présent en Afrique ?

Cartier est actuellement établi dans une vingtaine de pays sur le continent africain, avec des boutiques mono-marque au Maroc et en Afrique du Sud. Dans ces deux pays, nos boutiques reçoivent de nombreux clients en provenance du reste du Continent et nous réalisons régulièrement des actions pour notre clientèle basée dans les pays voisins. L’horlogerie, les lunettes et les parfums Cartier sont par ailleurs distribués dans des points de vente multi-marques.

«Si un jour nous ouvrons une boutique permanente [à Marrakech], ce sera une boutique Cartier telle qu’on en connaît partout dans le monde».

Vous avez présidé l’ouverture entre mars et mai d’une boutique éphémère de Cartier au Mandarin Oriental de Marrakech. Est-ce un investissement stratégique ?

Oui ! Marrakech est la première ville touristique du Maroc et nous souhaitions innover avec un projet unique, en conjuguant les créations de la Maison avec les codes esthétiques de l’artisanat marocain. Cette combinaison, nous ne pouvions la faire que dans une boutique éphémère. C’est une manière de célébrer notre longue amitié avec ce pays.

Est-ce un test en prélude à l’ouverture d’une boutique permanente dans la ville ocre qui, d’ailleurs, accueille des visiteurs fortunés venant des quatre coins du monde ?

Ce projet était orienté «clients». Nous souhaitions faire découvrir l’expérience Cartier aux clients de Marrakech comme aux touristes. Marrakech est une ville très dynamique. On le voit par exemple avec le nouvel aéroport qui est grandiose. C’est une fenêtre ouverte sur le monde. Nous voulions donc partager ici l’esprit avant-gardiste et pionnier de la Maison. Cette boutique éphémère a été conçue comme un lieu de détente, de loisirs, avec un babyfoot Cartier qui a été installé sur la terrasse en face de la boutique, en résonance avec l’esprit de Marrakech. Si un jour nous ouvrons une boutique permanente, ce sera une boutique Cartier telle qu’on en connait partout dans le monde.

Cartier est-il parfois emmené à adapter son produit à la culture africaine pour ses clients du continent ?

Notre clientèle est formée de connaisseurs recherchant le savoir-faire, la beauté, la créativité et l’élégance qui font le succès de Cartier. Concernant l’horlogerie, les diamètres généreux et les métaux précieux -or rose, or gris, platine par exemple- ont leur préférence.

«Nous considérons les contraintes non pas comme des limitations à notre expansion, mais comme des opportunités pour faire preuve de créativité et renforcer notre esprit pionnier».

Quels sont actuellement, selon vous, les défis du secteur du luxe en Afrique ?

Nous considérons les contraintes non pas comme des limitations à notre expansion, mais comme des opportunités pour faire preuve de créativité et renforcer notre esprit pionnier. Au début du XXe siècle, c’est cet esprit qui a poussé les frères Cartier à s’implanter à New York, en Russie et en Inde à une époque où cela n’était pas encore commun.

Sur la zone africaine aujourd’hui, les défis concernent principalement le développement des infrastructures, la stabilité des institutions et la présence de partenaires qui partagent une vision à long terme dans l’établissement de leur business. Il faut bien comprendre que toutes ces conditions doivent être réunies afin d’offrir une expérience client optimale. Et aujourd’hui en Afrique, les deux pays cités précédemment -le Maroc et l’Afrique du Sud- remplissent ces critères. Dans plusieurs autres pays du C ontinent, il y a du potentiel, mais toutes les conditions pour développer le business du luxe ne sont pas encore réunies.

Toutefois, de grandes évolutions ont eu lieu depuis que notre Maison s’est installée en Afrique il y a plus de 30 ans : nous sommes confiants que les années à venir verront naître de nouveaux projets audacieux sur ce continent en plein développement.

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