L’ancien rebelle Jean-Pierre Bemba, condamné en première instance à 18 ans de prison, a été acquitté en appel le 8 juin 2018 par la Cour pénale internationale (CPI). Il a laissé en République démocratique du Congo (RDC) le souvenir d’un chef autoritaire qui reste encore populaire à Kinshasa, onze ans après son départ en exil.

La chambre d’appel de la CPI, qui siège à La Haye, a prononcé l’acquittement de Jean-Pierre Bemba, 55 ans. Motif : «les sérieuses erreurs commises par la chambre de première instance font entièrement disparaître sa responsabilité pénale». En mars 2016, jugé responsable des atrocités commises par ses hommes en Centrafrique en 2002 et 2003, il avait été condamné à 18 ans de prison, pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

A l’époque, le groupe de rébellion qu’il dirigeait, le Mouvement de libération du Congo (MLC), appuyait le président centrafricain Ange-Félix Patassé, pour écraser une tentative de coup d’État du général François Bozizé. Lequel finira par s’emparer du pouvoir en 2003.

Né le 4 novembre 1962 à Bogada, dans la région forestière de l’Équateur (frontalière de la Centrafrique), Jean-Pierre Bemba est le fils d’un riche homme d’affaires proche de l’ancien dictateur Mobutu Sese Seko. Il commence par diriger les entreprises familiales. Puis, il se lance à son compte dans la téléphonie mobile, le fret aérien, crée deux chaînes de télévision, évoluant sous les ailes protectrices du maréchal Mobutu.

«Accroché à une calculette»
De cette époque, un de ses anciens proches garde de lui l’image d’un homme «accroché à une calculette», peu prompt à s’acquitter de l’impôt. Mais intraitable avec ses débiteurs. «Le social n’était pas son point fort», ajoute cet ex-cadre du groupe familial. Qui précise : il était «trop impulsif, trop autoritaire comme patron».

Des traits de caractère que confirme le député Delly Sesanga, son directeur de cabinet à la vice-présidence (2003-2006) pendant la transition politique en RDC. Le «chairman», comme on le surnomme encore au sein de son parti, était «réactif», raconte le parlementaire, au point d’agir parfois dans «une sorte de précipitation qui peut conduire à des erreurs». Mais il était un «chef intelligent doté d’un sens pratique aigu» et «sûr de lui», doué d’«autorité» pour les «décisions importantes».

«Mobutu miniature»
L’aventure militaire de Jean-Pierre Bemba commence en 1998. Surnommé le «Mobutu miniature», il a quitté brusquement la capitale l’année précédente. Et ce après la prise du pouvoir par le chef rebelle Laurent-Désiré Kabila (père de l’actuel président congolais Joseph Kabila) et l’emprisonnement de son père, Jeannot Bemba.

Soutenu par l’Ouganda, il crée et dirige le MLC. Ce mouvement rebelle règne alors en maître dans la région de l’Equateur et une partie du nord-est du pays. Comme tous les belligérants qui ont pris part à la deuxième guerre du Congo (1998-2003), le MLC est accusé par les Nations unies d’avoir commis des atrocités à grande échelle dans les zones qu’il contrôlait.

Réputé audacieux, Jean-Pierre Bemba, colosse de 1,90 m au visage rond, obtient à la fin de la guerre un des quatre postes de vice-président dans le cadre d’une transition politique dirigée par Joseph Kabila. Lequel a accédé à la tête de l’État à la mort de son père en 2001.

Battu par Joseph Kabila à la présidentielle de 2006 après un entre-deux-tours émaillé de violences, il est élu sénateur. Il refuse alors d’abandonner la protection de sa garde rapprochée (privilège que lui valaient ses fonctions de vice-président) en disant craindre pour sa sécurité. L’affrontement avec le pouvoir est inévitable. Bemba en sort perdant. Il quitte Kinshasa sous escorte blindée des casques bleus une nuit d’avril 2007, après de violents combats entre l’armée congolaise et sa milice qui ont fait au moins 300 morts en plein cœur de la capitale de la RDC, selon l’ONU.

L’enfant chéri de Kinshasa, où il avait obtenu 70% des suffrages contre Joseph Kabila à la présidentielle, est arrêté à Bruxelles en mai 2008, en vertu d’un mandat d’arrêt de la CPI. Depuis, une vingtaine de ses dirigeants ont déserté le MLC. Devenu un parti politique, ce mouvement n’en reste pas moins la seconde force d’opposition à l’Assemblée nationale.

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