Nous vous servons un avis d’analyste tout en respectant l’anonymat requis par son auteur…
C’est avec indignation et incompréhension que je suis dans la presse l’affaire dite du capitaine Mamadou Dièye. Dans cette affaire nous avons d’un côté un groupe de colonels infiltrés dans les médias qui diffusent sciemment de mauvaises informations sur l’armée et son fonctionnement, de l’autre un capitaine dans la solitude et le silence de la prison militaire, entre les deux une presse et un public méconnaissant certains aspects de l’institution militaire. Le sujet aurait pu être très bref. Selon la loi, tout officier ayant fait une demande de démission doit dans les délais de trois mois recevoir une réponse favorable ou défavorable motivée.
Le capitaine Mamadou Dièye n’a jamais reçu de réponse comme la loi l’y autorise et y oblige l’institution militaire. Pourquoi ? Personne ne sait parce que personne ne pose cette question. L’armée est-elle tout simplement en incapacité de produire une réponse favorable ou défavorable motivée en deux ans ? Si le capitaine Mamadou Dièye avait reçu une réponse défavorable comme le stipule la loi et qu’il ne s’y conforme pas, il serait évidemment coupable. Mais il n’a jamais reçu de réponse. Cette pratique qui dénote à la foi d’un déni de droit et d’une fuite de responsabilité est devenue la marque déposée de l’administration militaire sénégalaise.
Toute institution est en perpétuelle mutation, sauf l’armée sénégalaise ! Les tenues changent et la parade du 4 avril est de plus en plus spectaculaire avec des pilotes civils étrangers. Sur le fond rien ne bouge ! La constitution sénégalaise n’est pas la même qu’il y’a trente ans et les réalités d’aujourd’hui ne sont pas celles d’hier. La fameuse loi sur le statut des officiers est de 1962 (mis à jour en 1978) signée par le président Léopold S. Senghor, Mamadou Dia (président du conseil) et Valdiodio Ndiaye (ministre de l’intérieur). Ce statut est manipulé par une hiérarchie condensée aux mains d’un groupuscule d’officiers déterminés à conserver des avantages statutaires et financiers que les lois d’aujourd’hui ne justifient plus, au mépris et au détriment de tous, sans pour autant se parer aux grands défis à venir.
Quelles sont les vraies questions aujourd’hui ? Un chef d’état-major des armées milliardaire ? Des chars d’assaut qui s’engagent dans une opération sous les acclamations des sénégalais sans munition à l’intérieur (opération Gambie) ? Des soldats mal nourris et mal formés ? Des officiers qui mentent et volent à la lumière du jour pour ensuite recourir au règlement en vue de réprimer les soldats qui les dénoncent ? Ce qui se faisait il y’a un demi-siècle sans murmure dans un contexte où le soldat sénégalais ne savait à peine écrire son nom et craignait son supérieur comme un dieu, n’est plus possible de nos jours.
Le général d’armée démissionnaire de la plus haute fonction militaire française Pierre de Villiers dans « Servir » nous illustrait parfaitement ce nouveau paradigme : « …la loyauté n’est pas l’esprit de cour ni l’assentiment permanent à ce qui peut être utile pour se faire bien voir. Le silence est parfois proche de la lâcheté. Notre époque turbulente et dangereuse ne se prête plus à la grande muette ».
Le Capitaine porte parole des frustrés
Le capitaine Mamadou Dièye a dit tout haut ce que tous les officiers de sa génération pensent tout bas, il a fait ce que tous les officiers de sa génération rêvaient de voir. Alors en le calomniant, vous calomniez toute une génération d’officiers qui pensent comme lui, en le crucifiant, vous crucifiez toute une génération d’officiers qui admirent son sens de l’honneur, des centaines de soldats qu’il a commandés avec dignité au prix de sa vie. En l’envoyant devant le tribunal militaire, vous envoyer à l’abattoir toute une génération d’officiers démoralisés, non pas par la pénibilité de leurs fonctions mais par vos agissements. Les appellations que vous lui attribuez sont fausses.
Dans l’histoire militaire sénégalaise aucun déserteur n’a quitté une fonction civile bien payée à l’étranger pour retourner au Sénégal et faire des déclarations publiques, tout en étant bien informé de sa propre situation. Voulait-il faire des déclarations fracassantes ? Certainement nom. De nos jours lorsqu’on veut faire des déclarations fracassantes on le fait sur internet, dans un livre, ou en étant à l’autre bout du monde sans être inquiété par la justice de son pays.
Des Colonels au Service de l’APR
Ce qui empêche la hiérarchie de dormir, c’est qu’il fasse des déclarations compromettantes sur ces mêmes personnes et non sur l’institution. Je pense profondément que le capitaine Mamadou Dièye comme tous les officiers de sa génération ne confond guère une ambition personnelle et l’intérêt supérieur de la Nation, le règlement de discipline générale et l’ordre républicain. Cela dit, un colonel qui a acheté son école de guerre ou un général qui s’est enrichi en exploitant des soldats fils de citoyens sénégalais n’est ni un secret d’Etat, ni l’intérêt de la Nation.
Vous lui reprochez d’avoir outrepassé le règlement ! La loi lui autorise à faire une demande de démission ou de mise en retraite anticipée et de recevoir une réponse dans un délai de trois mois. Il a fait une demande démission, puis de mise en retraite anticipée, puis de mise à la disponibilité, encore et encore, et sans réponse. Il a saisi la justice en vain. Il n’est pas parti au bout de trois mois ni de douze mois ! Mais il a attendu deux ans. C’est alors seulement qu’il est parti. Le capitaine Mamadou Dièye n’a enfreint aucune loi contrairement à l’administration militaire à travers des colonels d’un autre âge qui veulent sa tête. Nul ne peut se substituer à la loi ou au règlement. En outre, au-delà de la loi, ce qui définit l’officier c’est l’honneur et la vertu puisés dans les principes de respect de la dignité humaine, de justice républicaine et de paix, et cela dans le contexte de l’expression de la dimension la plus obscure de l’Homme : la guerre.
Les mêmes officiers qui le critiquent lui envient son courage et son ambition. Mais peut-on aspirer à la confiance des sénégalais lorsqu’on a aucune légitimité de la part des femmes et des hommes que l’on commande ?
Parce que quand l’officier ment ou se déshonore lui-même, il n’a plus aucune légitimité. Lui dit-on qu’il fallait attendre de devenir colonel ou général pour changer l’armée ! Plus que quiconque, il est averti que pour être admis dans la haute fonction militaire sénégalaise il faut voler, mentir, et faire tout ce que la hiérarchie vous demande en porte à faux avec toutes les lois, le respect de soi et des autres. Où sont les officiers supérieurs valeureux ? Les uns ont démissionné dans une discrétion couverte par l’armée, les autres arborent toujours le grade de colonel mais sans aucune fonction.
Vous lui reprochez de s’être fourvoyé en politique. Mon œil ! Où sont les colonels de la génération concrète ? Où sont les colonels (ER) détenteurs de récépissés de parti politique ? Où sont les généraux promus parce qu’amis d’enfance d’hommes politiques ?

Sur un ton plus serein, avez-vous oublié le général de Gaule qui après avoir averti en vain la classe politique française sur l’avenir de la France, sauvera son pays pendant et après la guerre. Il a conduit la France vers le statut de puissance à travers une vision claire de la politique dont se réclament un bon nombre d’hommes politiques français d’aujourd’hui dont d’anciens chefs d’Etat tels que Sarkozy : le gaullisme. Il n’est pas le seul exemple dans le monde des républiques démocratiques que nous envions. Comme le dit le capitaine, la France n’est pas responsable de nos malheurs, ils ont choisi des hommes d’envergure et de valeurs sûres pour défendre les intérêts de leur Nation. C’est à nous définir ce que nous voulons faire de notre pays et de ses intérêts, souvent liés ou contraires à ceux d’autres Nations.
Crash de l’hélico
Les femmes et les hommes qui parlent d’honneur dans la presse, ont-ils un jour regardé dans les yeux un autre sénégalais se vider de son sang jusqu’à mourir à défaut d’évacuation sanitaire ? Quand l’état-major vous affirme qu’il n’y a pas de moyens pour évacuer votre soldat alors que ce même hélicoptère est affrété au même moment à des fins personnelles ou politiciennes.
Nous avons tous en mémoire le crash du Mi-17 au retour de mission au profit d’un ministre conseiller. Mais à la fin de la journée, ce même officier reste dans le cadre de la loi et de la République et prie pour que cela ne se reproduise pas. Les hommes politiques qui parlent de justice, ont-ils eux-mêmes respecté un jour la justice sénégalaise ?
Oui en effet, l’engagement militaire équivaut à donner sa vie, sa mort et sa mémoire à la Nation. Sommes-nous sûrs qu’aujourd’hui nous donnons notre vie, notre mort et notre mémoire à la Nation et non à des charognes civiles et militaires ? Et si tel n’est pas cas quel gâchis ! En plus cela a été défini dans la loi et non dimensionné aux intérêts de quelques-uns. Laissez le capitaine Mamadou Dièye faire valoir ses droits, il appartient à la justice sénégalaise uniquement d’affirmer si oui ou non il bénéficie de ses droits civiques et politiques, et non pas un autre officier. Et il appartient éventuellement au peuple sénégalais uniquement de voter ou non pour lui.
Vive la République ! Vive les armées du Sénégal ! Honneur au capitaine Mamadou Dièye. Officier anonyme.
Repris sur Yerimpost.com

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