Le 31 mars dernier s’est tenue à Paris une rencontre entre Ndeye Marie Thiam, Présidente de la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance, et Mamadou Nkrumah Sané, leader historique du MFDC en exil. Une réunion importante, car elle a permis de voir comment la société civile casamançaise et le mouvement indépendantiste peuvent travailler ensemble à un règlement du conflit.

La rencontre s’est déroulée dans une pièce froide et fonctionnelle de la Maison des associations du XVIIIème arrondissement de Paris, sous les hospices d’Amadou Sylla, Président de SOS Casamance. Madame Thiam et Nkrumah Sané, tout de noir vêtus, sont assis de part et d’autre d’une grande table. Ils ne se sont jamais vus. Pour la présidente de la Plateforme des femmes, parler à Nkrumah Sane, c’est un peu comme s’adresser à un mythe. On raconte tellement de choses sur lui au Sénégal.

D’entrée de jeu, Ndeye Marie Thiam donne le ton de la rencontre. Elle adresse un bonjour particulièrement chaleureux à Nkrumah Sané, et montre son « respect pour ce qu’il représente, pour sa constance dans sa démarche ». Elle salue également « son courage et son esprit d’ouverture. Puis elle rappelle les grandes dates de la mobilisation féminine en Casamance.

Dès les premières années du conflit, les femmes ont travaillé pour la paix. En 1990, elles organisent une première marche, depuis Nyassia jusqu’à la gouvernance à Ziguinchor pour réclamer la cessation des combats. Elles se sont rendu compte qu’elles étaient les premières victimes du conflit, même si elles n’ont pas pris les armes. Au retour des rizières, des jardins maraichers, elles sautaient sur des mines, elles se faisaient violer mais n’osaient pas se plaindre, de peur des représailles. Les premières associations sont nées. Il fallait aider les femmes soutiens de famille à trouver des activités génératrices de revenus, à se former, payer des prothèses aux victimes de mines, soutenir celles qui avaient fui les zones de conflit pour se réfugier en ville. Au début, personne n’en parlait. Jusqu’à ce qu’en 2010, toutes ces associations se regroupent en une seule organisation, la Plateforme, avec deux objectifs : la recherche de la paix et le développement social.

Cette année là, de graves affrontements se sont déroulés dans la région de Bignona. Déterminées à faire entendre leur voix, 5000 femmes sont venues de toute la Casamance pour se rassembler dans le chef lieu de département. Elles ont passé toute une nuit à prier pour la paix, puis une journée à jeûner. Leur credo était simple et dépassait toutes les convictions religieuses : l’Etat n’a pas le droit de tuer quelqu’un qui réclame l’indépendance, et pour réclamer l’indépendance, nul besoin de recourir aux armes.

Cette prise de position exprime une volonté de se tenir à équidistance du pouvoir et du mouvement indépendantiste, attitude qui s’est consolidée au fil des ans. Désormais, la Plateforme intègre des femmes de tous bords, y compris les femmes du bois sacré, proches du MFDC. Lors de la campagne présidentielle de 2012, elles ont reçu les deux principaux candidats, Macky Sall et Abdoulaye Wade. Celui qui devait devenir Président de la République avait d’ailleurs déclaré à ce moment là qu’il ferait de la paix en Casamance sa priorité. Les résultats se font toujours attendre. Elles ont également rencontré plusieurs représentants de la rébellion. Il ne manquait plus que le fondateur et secrétaire général du mouvement, Nkrumah Sané.

Mais il reste encore à convaincre les différents leaders du MDC que la Plateforme est réellement neutre, ce qui est une autre paire de manche. Pour l’instant, l’ONG est plutôt perçue comme faisant le jeu du pouvoir, si l’on s’en tient à certains commentaires lus dans le journal Le Pays, proche du mouvement indépendantiste, et à l’opinion de Nkrumah Sané.

Quoiqu’il en soit, beaucoup d’idées échangées au cours de cette rencontre de la maison des associations « méritent d’être creusées ». C’est en tout cas l’opinion d’Amadou Sylla et la raison pour laquelle, dans une optique de recherche de la paix, nous avons jugé utile d’en consigner l’essentiel par écrit. Ces paroles pourront ainsi continuer d’alimenter la réflexion.

Tout d’abord, Ndeye Marie Thiam est revenue sur la tuerie de Boffa Bayotte du 6 janvier dernier. Ce jour là, 14 personnes venues couper du bois dans cette forêt protégée, ont été sauvagement massacrées.

Ndeye Marie Thiam :

– Depuis longtemps, nous disions au gouvernement qu’il fallait profiter de l’accalmie pour aller vers une paix durable. Mais les gens ne semblaient pas nous entendre. Il y a eu cette tuerie. Nous n’avons pas été surpris. Depuis longtemps, nous travaillons à la protection de la forêt dans la région de Nyassia. C’est la Plateforme qui a mis en place des comités villageois pour veiller sur nos arbres. Peu de temps avant les événements, des jeunes travaillant pour nous dans ces comités villageois ont été arrêtés à cause d’une bagarre avec des coupeurs de bois.

Elle explique alors qu’elle est intervenue pour qu’ils soient libérés.

Mais comme pour les narguer, ajoute-t-elle, des gens sont à nouveau venus exploiter nos forêts. Et ce qui devait arriver arriva malheureusement. Nous avons pris la parole. Le MFDC aussi. Malheureusement, il y a eu des arrestations tous azimuts, des gens du comité intervillageois comme des membres du MFDC. En quoi le MFDC est impliqué dans ces crimes ? C’est l’enquête qui le dira.

Ndeye Marie Thiam fait ensuite la liste des problèmes toujours non résolus liés à l’exploitation des ressources naturelles de la Casamance. C’est le cas notamment du foncier, un des éléments déclencheurs de la guerre. De nombreux casamançais ont fui les violences, abandonnant leurs terres que d’autres occupent aujourd’hui. « Que vont-ils devenir s’ils reviennent, se demande-t-elle ? Pour l’instant, l’Etat ne propose pas de solution ». Elle parle également du projet d’exploitation de zircon sur la dune de Niafrang, pour l’instant en suspens, mais susceptible de ressurgir un jour. Elle insiste sur le fait que les Casamançais n’aiment pas que leurs forêts soient pillées par des gens venus d’ailleurs, et que l’exploitation des ressources naturelles de la Casamance est la cause d’une multitude de conflits. Sur cette question, les femmes de la société civile et le MFDC semblent sur la même longueur d’onde. Partant de là, ils et elles pourraient très bien réfléchir ensemble à des mécanismes redonnant aux populations locales plus de contrôle sur leurs richesses naturelles. Ce serait un pas de plus vers la paix.

Sur ce, Mamadou Nkrumah Sané prend la parole pour donner son point de vue sur la tuerie de Boffa Bayotte :

– La tuerie de Boffa n’est pas nouvelle. En 2011, on a déjà connu ça. 12 personnes avaient été tuées dans le secteur de Compasse Diatta (le chef d’un groupe de combattants, ndlr). Il s’agissait en fait de militaires en opération de renseignement pour préparer une attaque et en tenue de civils. Ils avaient obligé des villageois à les accompagner.

On notera qu’à propos de cette tuerie, Nkrumah Sané, laisse entendre qu’il pourrait s’agir d’une action de légitime défense. On peut dès lors se demander qui en étaient les auteurs, si ce ne sont pas ceux qui se sentaient menacés, et si une situation similaire ne s’est pas reproduite en janvier dernier, bien que le MFDC clame son innocence.

Puis il poursuit, à propos de la tuerie de Boffa :

– Il faut savoir qui a donné le permis de coupe. Ce permis a été délivré par une autorité sénégalaise sur une forêt classée. C’est une question qui doit être posée. Les jeunes bûcherons sont entrés à 6 heures du matin le 6 janvier. Ils ont été contrôlés par des militaires, qui ont dû voir qu’ils avaient leurs papiers en règle.

On a critiqué Yaya Jammeh, l’ancien président gambien, pour ses relations avec les Chinois qui achetaient le bois de Casamance. Mais les Sénégalais ne font pas mieux. Il suffit de lire le livre du colonel Ndaw, « Pour l’honneur de la gendarmerie ». Il écrit à propos du général Fall, l’ancien chef d’Etat major des armées sous Wade, que sa femme possède une usine pour le bois à Dakar. Lui, il volait même les vaches casamançaises et les emmenaient par avion dans son ranch.

Boffa, ça a eu lieu parce depuis décembre 2017, les militaires ont envoyé des renforts dans la zone. Ce sont les militaires qui détiennent la solution. La Casamance leur appartient. Il n’est pas question qu’ils négocient avec quiconque. En prévision des élections de 2019, Macky Sall leur a donné tous les moyens pour nous détruire. Nous avons dit à nos combattants de ne pas attaquer les premiers. Les militaires ont fomenté cette tuerie pour avoir un prétexte à nous attaquer. Tout de suite après cette forêt, vous tombez sur le camp de César Atoute Badiate (chef d’un autre groupe armé sur le front sud, ndlr)

Pour lui, la lumière ne sera jamais faite sur cette tuerie. La commission d’enquête n’apportera rien, comme pour la tuerie de 2011.

Plus véhément, il en vient à la question de l’exploitation du zircon sur la mine de Niafrang.

Heureusement, dit-il, Niafrang est en plein air. Ils ne peuvent pas faire de trafic, et nous MFDC, y avons mis notre vie. Si Macky Sall a vendu cette concession minière à des sociétés étrangères, il devra tuer tous les Casamançais avant de pouvoir en exploiter les richesses.

S’adressant à Madame Thiam, il ajoute :

– Vous transmettrez cela à votre association, pour que la population casamançaise sache que tant qu’il restera un combattant, la région ne pourra pas se développer. Il faudra d’abord des négociations, qui aboutissent à un résultat donnant au Casamançais le droit de vivre librement sur leur territoire. Sinon, cette guerre continuera.

Les opérations de ratissage qui ont suivi la tuerie de Boffa ont donné lieu à une recrudescence des violences, et cela inquiète Marie Thiam :

– Beaucoup de gens ont peur. Les populations commencent à quitter les lieux, comme dans le village de Bassaré, où des réfugiés s’étaient réinstallés.

– Le village vient d’être incendié par les militaires. Il ne reste plus un habitant, précise Nkrumah Sané.

– C’est inquiétant, nous avons peur de retomber comme dans les années 90.

A propos de Macky Sall, Ndeye Marie Thiam fait un bilan en demi-teinte :

– Par rapport au développement, il faut reconnaître les efforts faits par Macky Sall. Mais ceux qui ont pris les armes ne demandaient pas le développement, ils ont formulé une demande politique …

– … qu’on a obligés à prendre les armes, la coupe Nkrumah Sané

– C’est pourquoi le processus de paix doit marcher sur deux pieds, le développement et le processus de paix.

Là aussi, un terrain d’entente est possible entre le mouvement des femmes et la stratégie du MFDC. Plus on se rapproche du pouvoir, plus on privilégie le développement social, en présupposant que la paix en découlera. Le MFDC, au contraire, considère que cela revient à mettre la charrue avant les bœufs. Ensemble, Nkrumah et Ndeye Marie Thiam paraissent d’accord pour dire qu’il n’y aura pas de développement sans un retour de la paix. Société civile et MFDC peuvent dès lors travailler à une relance des négociations.

L’idée n’est pas bien entendu de favoriser un rapprochement entre la Plateforme et le mouvement indépendantiste, ce qui mettrait en péril la neutralité des femmes, mais d’attirer les différentes composantes du MFDC à la dynamique pacifiste qu’elles ont mise en branle, ce qui n’est pas la même chose.

Ndeye Marie Thiam considère qu’il est urgent d’agir et regrette le manque d’initiatives gouvernementales pendant la période d’accalmie :

– L’Etat semble dire qu’il attend que le MFDC s’organise. Mais à chaque fois, on nous dit que le MFDC n’est pas prêt. Voilà l’excuse de Macky Sall.

Mamadou Nkrumah Sané l’informe alors que Robert Sagna, chargé par Macky Sall d’une mission de bons offices pour retrouver le chemin de la paix, lui a déclaré, lors d’une visite à Paris, que les négociations n’auraient lieu qu’avec les porteurs d’armes, pas avec les civils.

– Ce serait dommage, juge Marie Thiam.

– C’est le message que m’a apporté Robert Sagna de la part de Macky Sall.

La Présidente de la Plateforme considère plutôt qu’il faut discuter avec tout le monde :

– Il faut que le MFDC se réunisse rapidement et désigne ses représentants pour les négociations. Le MFDC est une organisation structurée. L’abbé Diamacoune a laissé une structure ici en France. Pourquoi seule l’aile combattante devrait parler au nom du MFDC ?

– Vous avez bien dit, lui répond Nkrumah Sané. Parce qu’en 1991, c’est au bureau politique du MFDC qu’Abdou Diouf s’est adressé. Quand il y a une tête et qu’on n’arrive pas à l’avoir, c’est à cette tête qu’il faut parler, et pas avec un fusil à la main en disant : je veux qu’on négocie. Les militaires peuvent sortir du maquis tous les combattants du MFDC, les politiques ne disparaîtront pas pour autant. Par conséquent, le pouvoir sénégalais doit s’adresser au bureau politique du MFDC.

Quant à l’organisation du MFDC et sa capacité de désigner ses représentants, ce n’est pas le problème du gouvernement, c’est la précision que je voulais apporter aux femmes. Le MFDC a des institutions qui marchent. L’abbé Diamacoune est parti mais je suis là et dans nos institutions, j’étais son adjoint. C’est à partir de là que le régime, quel qu’il soit au Sénégal, doit s’adresser aux institutions du MFDC (…) Tout le débat est là, poursuit-il. Parce que si Macky Sall ne le fait pas, la guerre va continuer.

Le secrétaire général du MFDC explique alors à la Présidente de la Plateforme des femmes pourquoi justement, rien n’a été fait pendant la période d’accalmie pour favoriser des négociations :

– C’est l’armée qui mène la danse, et cela depuis que Senghor a militarisé la Casamance. Quand Wade est arrivé au pouvoir, on a donné le dossier de la Casamance au général Fall, et aujourd’hui, c’est au contre-amiral Pape Farba Sarr. Que font les militaires pour un règlement politique du conflit en Casamance ? S’ils avaient la capacité de le faire, ils l’auraient fait depuis longtemps. Sachez cela. Et il en est ainsi depuis que par décret présidentiel, Senghor a nommé pour la première fois un gouverneur militaire à la tête de la Casamance, alors que dans toutes les autres régions, ça ne s’est jamais passé comme ça.

Ndeye Marie Thiam :

Il faut quand même prendre en compte cette cassure politique au sein du MFDC. Certaines personnes se réclament à tord ou à raison du MFDC, je peux citer Apakena Diémé, Ousmane Tamba. Est-ce qu’ils le sont ? Je ne sais pas. Mais ils parlent au nom de l’aile politique extérieure du MFDC. Ma demande aujourd’hui, et c’est celle de la Plateforme, c’est que Nkrumah prenne son bâton de pèlerin et réorganise l’aile politique du MFDC. Même si le bureau politique est là, ces personnes ont une influence sur l’aile combattante du MFDC.

Puis elle lance un vibrant appel à Nkrumah Sané :

– Je vous vois comme le Mandela de la Casamance ! Un patriote, vous l’êtes déjà, patriote de cœur. Foncièrement, vous aimez votre région. Reconstruisez le MFDC, c’est votre devoir, pour qu’on aille rapidement à des négociations. La population a suffisamment souffert. La Casamance compte sur vous !

Là encore, la Plateforme se démarque du gouvernement qui jusqu’à présent, a fait comme si Nkrumah Sané, l’exilé de Paris, n’existait pas. A travers cette reconnaissance de son rôle de leader historique, Marie Thiam admet sagement que la paix ne se fera pas sans lui.

Mais en même temps, elle reprend l’argument maintes fois rebattu, selon lequel la division du MFDC serait la raison du blocage du processus de paix. Nkrumah Sané la recadre alors aimablement :

– Ceux qui se réclament du MFDC, de grâce, demandez leur leur carte du MFDC, et ensuite ils vous apporteront leur participation, parce qu’un membre n’est actif que lorsqu’il apporte sa cotisation.

Il ajoute concernant Apakena Diémé que c’est lui, Nkrumah Sané, qui l’a aidé, comme beaucoup d’autres jeunes ayant fui la Casamance, à obtenir le statut de réfugié politique. Mais « Apakena n’est pas membre du MFDC, précise-t-il. Voilà le message que vous allez apporter en Casamance : Nkrumah Sané est le seul qui peut dresser la liste des membres avec lesquels il travaille. Ne vous fiez pas aux journaux sénégalais …

Et pour bien faire comprendre à Marie Thiam que certains politiques comme Apakéna Diémé n’ont aucune légitimité à parler au nom du MFDC, il lui rappelle son rôle dans la défection de Niantang Diatta, ex-chef d’une des ailes combattantes du mouvement. En 2012, il avait fui le maquis et appelé ses frères à déposer les armes.

Nkrumah Sané :

Niantang a téléphoné personnellement à un de mes conseillers pour lui dire de quitter Nkrumah et venir avec lui, parce qu’il a décidé de nommer Apakéna secrétaire général du MFDC. Comment vous entendez cela ? Un militaire doit d’abord faire un coup d’Etat avant de rayer les institutions qu’il a trouvées et mettre les siennes à la place. Mais quelqu’un qui est dans la forêt, et dont tout l’argent qu’il reçoit, c’est moi qui lui envoie, s’il décide de ne pas m’écouter, je ne vais pas lui faire la guerre, je le laisse. La décision que nous avons prise l’abbé et moi pour la Casamance se réalisera, et tous ces gens ne peuvent que brouiller les cartes, ils ne pourront pas nous détruire.

Tous les gouvernements successifs, ajoute-t-il, prennent certains Casamançais pour leur donner des responsabilités. Vous pensez qu’ils sont du MFDC mais ils ne le sont pas. Ousmane Tamba, il l’était, mais il a décidé de nous quitter par un courrier que j’ai avec moi.

Nkrumah Sané reproche notamment à Ousmane Tamba, directeur du journal le Pays et proche de César Atoute Badiate d’avoir tenté de l’évincer de la direction du mouvement.

Si l’on s’en tient à cette déclaration de Nkrumah Sané, recoller les morceaux du MFDC semble voué à l’échec. Trop de divisions, trop de rancoeurs, trop de trahisons ont été accumulées au cours des années. Et attendre la réunification du mouvement indépendantiste pour aller à des négociations risque de retarder indéfiniment le retour de la paix.

Il reste donc deux options, à ceux qui veulent agir pour mettre fin à ce conflit vieux de 35 ans. Soit faire pression sur le gouvernement pour qu’il négocie séparément avec chaque faction et chaque branche politique. Mais comme l’on montré les discussions engagées avec Salif Sadio, les résultats ne sont pas probants. Soit enclencher une dynamique de concertation qui parte de la société civile et fasse un état des lieux des demandes de la population casamançaise, pour déboucher sur un mécanisme qui prendra le nom que l’on voudra – Etats généraux, Forum démocratique, peu importe – et préparera le terrain à de future négociations.

Ndeye Marie Thiam :

– Mais c’est ce que nous sommes en train de faire. Notre démarche auprès de SOS Casamance, c’est pour cela. Nous sommes aujourd’hui en train de réunir les organisations de la société civile. D’abord celles de Casamance, en 2013. Ensuite, nous avons appelé la société civile de tout le Sénégal en 2014. En 2015, nous avons invité celle de Gambie et de Guinée Bissau. Et en 2017 s’est tenue la première table de la paix, avec toutes les organisations de la société civile, l’Etat du Sénégal et le MFDC.

– C’est la première fois que je reçois votre message, intervient Nkrumah Sané.

La remarque n’est pas anodine. Elle rappelle à Ndeye Marie Thiam, que bien Secrétaire général du MFDC, il n’a jamais été invité à participer au processus engagé par les femmes. Et même si elles semblent maintenant décidées à le faire, elles devront bien réfléchir avant d’envoyer les cartons d’invitation. Car Nkrumah Sané n’acceptera pas n’importe quelle place dans de futures tables rondes, et surement pas une place à côté d’Apakéna Diémé ou d’Ousmane Samba. En 2013, il avait déjà refusé de participer à une réunion à Paris avec des femmes de la Plateforme dans laquelle ces deux ex-membres du MFDC se trouvaient.

Il faut cependant espérer, pour la paix en Casamance, que cette rencontre entre Ndeye Marie Thiam et Nkrumah Sané porte ses fruits. Sans attendre que les hommes se mettent d’accord, les femmes avancent, tout en faisant savoir qu’elles aussi se sont réservées une place à la table des négociations

Source : MEDIAPART

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
Veuillez entrer votre nom ici