Lorsque les colons ont décidé, tous seuls, de créer le Sénégal, La Gambie, la Guinée Bissau, le Cameroun, le Mali, bref toute l’Afrique, ils n’avaient pas consulté les populations qu’ils réunissaient. Leurs soucis n’étaient pas de construire des pays-nations, ils voulaient plutôt mettre en place des structures qui allaient favoriser leur propre développement et leurs intérêts à eux seuls. Le corollaire de ce fait, imposé aux populations africaines, est de n’avoir jamais eu la possibilité d’asseoir une communauté de valeurs qui consoliderait leur regroupement.
Une communauté de valeurs synonyme d’une vision commune de ce que notre société devrait être avec des objectifs harmonieux, aussi bien collectifs qu’individuels, que chacun devrait s’affairer à poursuivre.
Comme pour les autres pays africains, le Sénégal ne s’est pas plié à cet exercice ou n’a pas poursuivi les tentatives d’aller dans ce sens. Est-ce dû :
Au blocus et à la poigne de fer assassine du colon armé avec ses représentants spéciaux, Jacques Foccart et autres Bob Denard entre autres? (Rappelons juste que ces derniers sont connus pour avoir semé la terreur partout en Afrique et étouffé tous les défenseurs de l’émancipation des populations africaines).
Ou à la paresse de ceux qui ont hérité de l’administration déséquilibré et partisane du colon, avec tous les avantages individuels, claniques, ethniques et communautaires que cela leur procurait?
Il n’est cependant pas trop tard de bien faire et de travailler à cette communauté de valeurs.
Ceci est d’autant plus nécessaire que certaines réactions vues dans la presse et les médias depuis la Tuerie de Boffa en Casamance, nous amène à nous interroger de la compréhension de leurs auteurs, de ce qu’est le Sénégal né du 4 avril 1960. Morceaux choisis:
Une réaction à une précédente contribution portait sur le ‘’Pourquoi, diantre les populations sénégalaises devraient s’inquiéter de ce qui se passe en Casamance’’?
Dans la presse, un intervenant souhaitait que la Guerre demeure en Casamance et qu’elle n’arrive jamais à Dakar.
Des intellos, des journalistes et des marabouts encourageaient la guerre en Casamance, d’où sont originaires leurs voisins qui y ont encore, leurs parents.
Enfin, le Gros écart entre Dakar et les autres régions du Sénégal ne nous permet pas de croire au sentiment d’appartenance à ces autres régions des autorités étatiques qui se sont succédées depuis 1960, même si elles le crient à haute voix.
Pour le Sénégal issu des indépendances, la population hybride de la capitale Dakar laisse croire en l’existence d’une nation sénégalaise, mais c’en est loin d’être le cas. A la première rareté d’une ressource ou dès l’apparition d’un intérêt à partager, les impensables réflexes régionaux ou de castes apparaissent pour exclure des compatriotes de plein droit.

Lorsque ces comportements sont portés par les véhicules de l’État, il ne peut nullement y avoir une Paix Durable. On entretient un feu latent qui peut exploser à tout moment.
La définition et l’appropriation d’une communauté de valeurs par les populations de tous les anciens territoires du Sénégal est indispensable pour consolider une paix qui aura été acquise, et la rendre durable.
Par ailleurs, la fixation de cette communauté de valeurs nous préparerait à mieux jouer notre rôle dans l’urgente construction de l’Afrique qui arrive à grands pas; une superpuissance en devenir qui inéluctablement, devra également se construire une communauté de valeurs.
Qui sommes-Nous et quelles voies pour notre société ?
L’exercice de la définition d’une communauté de valeurs au Sénégal permettrait de répondre aux questions suivantes : Qui sommes-nous? Qu’est-ce qui nous définit? Que veut-on pour notre collectivité, nos populations, notre progéniture, notre société et nos territoires? Quel est le sens du passeport et de la carte nationale d’identité que nous allons demander au ministère de l’intérieur?
Et le plus important de tout, qui viendrait confirmer la définition que nous aurions accepté de ce que Nous sommes, quelles ATTITUDES et COMPORTEMENTS devrions nous avoir, les uns vis-à-vis des autres, pour construire ensemble cette société d’Êtres Humains que nous voulons bâtir.
Deux voies se présentent !
Voie 1 : Veut-on une société juste et équilibré, qui respecte le génie créatif du Bon Dieu avec toute sa diversité?
Veut-on une société où chacun amène sa particularité, comme partie d’un ensemble et ingrédient d’égale importance, pour relever la saveur de la sauce collective ?
Voie 2 : Veut-on une société d’êtres humains ou chacun tire dans son sens?
Veut-on une jungle où le plus fort du moment fait la loi jusqu’à ce que ses forces diminuent, et que ceux qu’il avait dominés l’écrasent à leur tour, en détruisant tout ce qu’il aura construit?
Jusqu’à présent, la voie 2 semble avoir été le choix du Sénégal. Une foire d’empoigne où chacun tire de son côté et contre tous. On avance à l’aveuglette en s’unissant à l’occasion avec celui qui, par tous moyens licites ou illicites, aiderait à satisfaire ses intérêts contre le reste des compatriotes.
On s’occupe uniquement de sa personne, de sa famille et de ses parents. Ce qui se passe dans les régions du pays n’a pas d’importance. A Dakar, on construit sa belle villa mais on n’imagine même pas se regrouper, cotiser et faire le pavage de notre rue commune; tout le monde attend l’État.
Ce dernier malheureusement est trahi par ses représentants; ceux qui ont fait le serment de servir dans la justice et l’équité toutes les personnes et tous les territoires du Sénégal ‘’indépendant’’ de 1960. Ceux qui par leur comportement juste et équitable, devraient vulgariser les principes de la Nation, car étant en contact permanent avec le peuple. Pour eux, être un représentant de l’état est synonyme de prendre avantage de l’autorité et de la protection de l’État pour privilégier sa famille, son ethnie, sa région dans les services de l’état. C’est aussi, user de la force de l’État pour persécuter ceux qui dénoncent leurs méfaits.
Une communauté de valeurs construite sur la base de notre cohérence humaine est indispensable. Seules les organisations humaines qui s’en sont dotées ont pu freiner le pillage contagieux du colon et obtenir une prospérité adossée à une paix durable. Et il ne sera pas nécessaire d’aller loin pour trouver un modèle de départ.
La Casamance qui, dans une extraordinaire harmonie, regroupe toutes les ethnies du Sénégal et plusieurs ethnies africaines, nous offre un terreau favorable à explorer. C’est pour cela que nous encourageons l’attitude de paix et renouvelons encore une fois notre appel à la Paix définitive en Casamance.
Assane Ajamaat Badji
ab.ajamaat@gmail.com

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