Le revers de la médaille du “voyageur” l’immigré), c’est qu’il a voyagé, donc forcément, pour les frères et connaissances restés au pays, il a, qu’il soit en situation régulière ou pas. Un plafond de verre doublé d’une mauvaise foi refuse toute compréhension de la vie en occident à l’ère des chaînes d’informations en continu et des réseaux sociaux.
Il y a donc ces sempiternelles sollicitations. Il faut satisfaire les besoins primaires de la Pyramide de Maslow d’une cohorte d’individus proches ou éloignées.
En Afrique, la pauvreté prend certains aux tripes. Souvenez-vous de l’affaire Koumateke au Cameroun ou de ces femmes retenues comme cautions humaines dans les hôpitaux publics parce que ne pouvant pas régler les frais d’hospitalisation.
Donc, Il faut bien soigner les maladies, scolariser les enfants, manger etc…Quelqu’un pour s’en occuper? C’est souvent le fonctionnaire ou le frère du village, nommé à un poste de gestion qui s’y colle. Cette réalité explique en partie la corruption endémique qui gangrène certains pays Comme le Cameroun. Un salaire normal peut-il satisfaire autant de demandes en même temps ? Non ! S
Les pauvres essaient donc de partir surtout que la comédie des « mbenguistes », les fameux vacanciers, n’arrange rien. Les anciens des quartiers sensibles locaux, vivant désormais en Europe, se mettent en scène pour ceux qui peuvent voyager, quand ils sont de passage en Afrique. Ils s’inventent un stress redoutable, “whitisent”, arrosent à tout va, sont toujours pressés même quand ils sont en réalité toujours enfermés dans leur HLM du lundi au dimanche où des jeunes dealent au rez-de-chaussée.
Voilà donc qui motive doublement par exemple les “bozailleurs”, cette “élite des pieds” camerounaise et africaine. Elle affronte la route et la Méditerranée pour se rendre en Europe au péril de sa vie. Un petit euro ne vaut-il pas plus de 650 francs CFA au change informel ? 152 euros ne font-ils pas une tonne de ciment chez Cimencam (Ciment du Cameroun). Essayez toujours de les en dissuader.
Bref ! Me voici dans une agence WesternUnion à Montreuil. C’est la pause du midi. Je vais “kougna kougna” dans l’espoir de m’y retrouver avec peu de monde. Arrivé à destination, mon aïe est un aveu de mauvaise prévision. Les 20 m2 sont bondés de monde. Rentrer ou attendre mon tour ? C’est la question surtout que je mange avec des copains de mon ancien employeur après. Mais je me suis engagé pour un envoi dans moins de deux heures.
Mon interlocuteur au Cameroun était déjà planqué à l’agence de Rond point Nlongkak (place de Yaoundé au Cameroun). Son statut facebook actif, m’indiquait qu’il était à l’affût, lui si souvent absent. Je reste en rang et prends le ticket. Plongé dans mes pensées, je sursaute quand la dame de devant me tapote.
Elle en a marre d’attendre. Elle désiste. J’hérite donc gentiment du dossard 427 au lieu du 426 initial. C’est une course, un Téléthon, celui des miséreux « mbenguistes » au secours des miséreux restés au pays. Ça ne fait plus que 9 personnes devant moi.
Alors commence mon “essingui missem”, c’est à dire la navigation de mon esprit. Mon ami Stevie dit souvent : faisons la sociologie dynamique par l’observation. Nous sommes alignés de tous les âges, dans cette agence western union de la rue de Paris.
Premier constat : nous ne sommes que des noirs. Pourquoi suis-je attiré par ce détail ? Oui ! Mes yeux ne voient que des noirs. Ce n’est pas une illusion optique. Il y a trois guichets. Deux sont fermés, et le seul ouvert est lui aussi occupé par une hôtesse noire. Le communautarisme est arrivé jusqu’ici ? Eeeeh Dieu ! Dire que la France veut l’intégration des immigrés. Nous nous sommes exclus, que dis-je, reclus dans cette agence western union, pris en otage par ceux du pays.
Non en fait, il s’agit d’une concentration spatio-temporelle pour l’exercice récurrent de la soumission extrême au pays ? Une forme de viol. En regardant attentivement les têtes, je ne peux pas imaginer les pays d’origine. Il y a peut-être un américain. Quelques tenues vestimentaires donnent des indications contraires. Les sociétés individualistes ont tranché depuis longtemps. Tu te débrouilles ou tu crèves.
Les mines patibulaires disent clairement qu’il peut s’agir d’un exercice pas toujours joyeux, cet alignement pour transférer de l’argent au pays.
Tout à coup : la guichetière dit : suivant. Le noir venait d’être servi. Concentré par ma sociologie dynamique je n’ai pas fait attention.
Comme la salle est exiguë, nous pouvons pourtant partager malgré nous, l’intimité des envois d’immigrés. Le prochain Monsieur s’avance, tend sa pièce d’identité et un nom griffonné sur un ancien transfert Western union. Ma parole ! Il a même appris à recycler les accusés de réception des précédents envois.
La jeune Femme du guichet crie : “le mème pays» ?
Non ! elle ne le connait pas Quand même ! Elle l’a juste retrouvé dans son ordinateur.
Réponse de l’immigré : ” oui Sénégal “. Elle pianote cette machine à avaler le Cash pour des destinations lointaines et continue : “combien ” sans un regard pour le supplicié :
L’homme s’éponge la tête dégarnie et comme un automate répond : “1000 euros avec les frais”. On sent bien qu’il est habitué.
Il plonge sa main sans son boubou et en sort une liasse qu’il remet à cette promotrice de l’esclavage des temps modernes. Elle travaille pour le Western. Comme une pieuvre, elle s’empare des billets, les fourguent dans un appareil qui vérifie qu’ils ne sont pas faux et les compte à la place de l’homme. Le mécanisme est bien rodé. Le sénégalais observait dans un calme olympien. Il devait se jouer dans sa tête un énième épisode sans fin d’une dynamique qui l’accompagnait depuis très longtemps en France.
Mon téléphone sonne : ils m’attendent déjà pour le repas. Je piaffe d’impatience. Il vient de s’écouler 30 mn. Le sénégalais est parti avec le papier et le fameux numéro du transfert. Les nationalités vont alors s’égrainer. Le prochain noir dira Congo Kinshasa, ensuite le troisième Bamako Mali.
J’étais désormais concentré sur le malien : la soixantaine. Au lieu de parler au téléphone, il aboyait le Soninké. Deux missions au Mali m’avaient familiarisé avec cette belle langue. Mais pourquoi diable certaines personnes d’origine africaine beuglaient, criaient au téléphone au lieu de parler. Parfois de gros gestes ou des postillons accompagnaient cette indiscipline verbale, attirant l’attention des autres passagers des métros, bus, trams ou trains…qui s’écartaient. Surtout ne rien dire au risque de se prendre une avalanche d’insultes.
Je refusais de croire que c’était culturel comme certains le prétendaient. C’est vrai qu’un rapide tour dans les Ngandas camerounais ou au foyer malien de Montreuil me rappelaient que le chahut était partagé comme mode de communication. Prenons un débat sur Etoo dans un débit de boisson camerounais. Ce n’était pas souvent différent d’une vraie bagarre. On ne s’écoutait pas. On se criait dessus.
Passons ! L’autoflagellation du noir en occident, c’était cet éternel moment pendant lequel il achetait la paix, l’amour des siens au pays. Le dire comme c’est violent. Mais étais-je loin de la vérité ? Pourquoi l’autre là suiait-il alors ? Pourquoi s’énervait-il ? L’Avc n’était jamais loin en réalité. Parfois tu rencontrais des noirs qui parlaient seuls….
Certains immigrés pouvaient confectionner des matelas entiers avec les accusés de réception des transferts d’argent au pays. Pas besoin de Bultex, juste le tissu, le fil et l’aiguille. Quel immigré ne connaissait pas par cœur la route pour se rendre dans une agence money Graham ou Western Union?
Certains papas maliens n’avaient jamais mis les pieds à la Mairie de leur ville de résidence en 20 ans de vie dans le foyer, mais pouvaient vous indiquer les lieux de transfert d’argent 100 km à la ronde : une vraie intégration renversée.
Noyé dans mes pensées, mon tour arriva. Pour ne pas faire Comme les autres, je m’approchais de la caissière pour chuchoter le montant. C’est elle qui cria alertant à tous mon misérable envoi Que 86 euros…ééé Dieu ! C’était ma participation à une Réunion du village. Si mon regard tuait, elle serait morte sur place. Comme si elle avait trahi un secret. Je ne voulais pas de cette communauté morbide qui avait en partage le transfert de l’argent du sang. Les prostituées, les sans-papiers, les travailleurs pauvres s’alignaient devant ces agences.
Certains s’endettaient pour tenir le rôle de Mbenguiste. Dur dur la vie d’immigrés.
Le plus dur de l’histoire c’est que 30 ans après certains de ces immigrés n’avaient rien dans le pays d’immigration et rien dans les pays d’origine. Ils étaient moqués par les mêmes qui jadis attendaient planqués dans les guichets en Afrique. On n’échappait pas facilement à son destin d’immigré.
L’envoi d’argent au pays était l’intercalaire du métro boulot dodo…. Souvenez-vous de l’épreuve de philosophie au Baccalauréat au Cameroun. Pendant que vous réfléchissiez encore sur le sujet, le cri du voisin “intercalaire” vous rappelait que vous veniez de perdre une heure.
Pourquoi lis-tu ? Es-tu concerné ? Partage pour démystifier Mbeng.

Romuald Dzomo- MILITANT ASSOCIATIF !

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