Depuis son élection à la présidence de la République, Emmanuel Macron a multiplié les chantiers et propos clivants. De quoi lui assurer une soirée chargée à la télévision.
Il aura attendu cinq mois, jour pour jour, depuis son arrivée au palais de l’Elysée. Ce dimanche, Emmanuel Macron doit accorder une heure d’entretien télévisé à des journalistes de TF1 et LCI. Il s’agit d’une première, le chef de l’État ayant choisi de sécher la traditionnelle interview du 14 juillet, à l’issue du défilé militaire. La surexposition médiatique de la présidence de la République, très peu pour lui. Du moins, c’est à ce leitmotiv qu’Emmanuel Macron s’est tenu jusqu’à présent, distillant des critiques régulières à l’encontre des journalistes politiques, dont il juge qu’ils privilégient les bisbilles au fond.

Mais le contexte a évolué. Après cinq mois aux commandes, les nuages s’amoncellent et, comme l’a expliqué sur RTL le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, il est temps de faire un peu de “pédagogie nécessaire” sur les réformes en cours. Il s’avère également indispensable, peut-être, de répondre aux nombreuses critiques suscitées par les mots parfois cinglant du chef de l’État vis-à-vis des Français qui ne se reconnaissent pas dans sa politique. Petit tour d’horizon.

Le président des riches
C’est le sparadrap du capitaine Haddock, l’étiquette qui collera longtemps à la peau d’Emmanuel Macron tant qu’il occupera l’Elysée. La confirmation de son intention de réformer l’ISF de manière à le rendre moins lourd pour les couches les plus aisées a provoqué un tollé à gauche et, logiquement, dans les rangs de La France insoumise.

S’il s’agit bien d’une promesse de campagne présidentielle du fondateur d’En Marche!, son timing n’a pas été du plus bel effet. La réforme survient quelques mois après l’annonce de la baisse de l’APL, allocation essentielle pour les jeunes ayant de petits revenus. L’exécutif a bien tenté de faire de la pédagogie sur le sujet, à l’instar du Premier ministre Édouard Philippe à L’Emission politique de France 2, mais le mal symbolique est fait.

Les journalistes David Pujadas, Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau interrogeront probablement le président sur ces décisions qui, de fait, nourrissent le procès en néolibéralisme qui pèse sur le gouvernement. Ne serait-ce que parce que les grandes décisions économiques, dont le Projet de loi de finances à venir, sont mises en musique par deux personnalités issues des Républicains: le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire et le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin.

Pour contrebalancer, Emmanuel Macron braquera sans nul doute le projecteur sur sa réforme à venir de l’assurance-chômage, censée apporter de nouveaux droits et de nouvelles protections aux salariés.
Répondre aux “fainéants”
Depuis qu’il a été élu, Emmanuel Macron s’est peu exprimé directement dans les médias français. Au fond, son intervention majeure reste un entretien-fleuve accordé au Point en septembre, dans lequel le chef de l’État déclarait vouloir renouer avec “l’héroïsme politique”. Pour le reste, c’est à des médias étrangers comme CNN ou, plus récemment, Der Spiegel qu’il a réservé l’expression de sa pensée, un temps qualifiée de “complexe” par ses proches.

Toutefois, les médias ont relayé certaines paroles, prononcées soit par le président soit par son entourage, qui ont choqué l’opinion publique. Le 9 septembre, à Athènes, Emmanuel Macron a fustigé “les fainéants, les cyniques et les extrêmes”, qui ne l’empêcheraient pas d’appliquer son programme ou de réformer l’Union européenne, sans toutefois préciser qui il visait. Très vite, le mot “fainéant” a été repris en boucle, avant de servir de mantra aux manifestations organisées en septembre par la CGT puis par La France insoumise.

Alors qu’il s’apprêtait à signer les ordonnances sur la réforme du droit du travail, le chef de l’État a répliqué à ces manifestations syndicales. Interviewé par CNN le 20 septembre, Emmanuel Macron a déclaré: “la démocratie, ce n’est pas la rue”. Plus clivante encore, sa sortie récente lors d’une visite en Corrèze, non loin d’une manifestation de salariés de l’équipementier automobile creusois GM&S. “Y’en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent pas avoir des postes là-bas, parce qu’il y en a qui ont les qualifications pour le faire, hein. Et c’est pas loin de chez eux”, a-t-il lancé alors qu’une caméra du “pool” de journalistes était dans les parages.

Des mots brutaux qui s’ajoutent à l’image de “président des riches” qui commence à s’ériger de plus en plus nettement.

Mélenchon, l’opposant qui arrange?
Ce contexte d’apparente lutte des classes que semble vouloir mettre en scène Emmanuel Macron permet, parallèlement, à Jean-Luc Mélenchon de fourbir ses armes de “premier opposant” à l’exécutif. Du moins, telle est l’image que le leader de La France insoumise souhaite renvoyer, comme l’illustre son interview-fleuve accordée à Marianne, quelques jours après celle du chef de l’État parue dans Le Point.

Très actifs à l’Assemblée nationale, où ils ont réussi à se créer un groupe parlementaire de 17 élus à l’issue des élections législatives, les Insoumis ne cessent de ferrailler contre La République en marche. À tel point que les autres oppositions au gouvernement, à commencer par le Front national, paraissent aphone. De quoi permettre à Emmanuel Macron de résumer l’essentiel du débat à l’économique, domaine dont il s’est fait le spécialiste. Et donc dans lequel il est, sinon à l’aise, au moins à même de répondre à ses détracteurs.

Une popularité en berne
Malgré cette relative latitude pour appliquer son programme, le président a perdu l’assentiment né de sa victoire écrasante contre Marine Le Pen. Surtout chez les classes populaires. Selon une enquête Kantar Sofres-OnePoint parue le 5 octobre dans Le Figaro Magazine, le président est avant tout soutenu par les catégories aisées. Il est en baisse continue chez les plus modestes, qu’il s’agisse des employés ou des ouvriers.

D’après l’institut de sondage Ifop, Emmanuel Macron est passé de 68% d’approbation au lendemain de son élection à 44% au mois d’octobre. Il s’agit d’une chute anormalement rapide, même lorsqu’on la compare à celle de ses trois prédécesseurs. S’il avait pour objectif de restaurer la dimension régalienne de la fonction présidentielle, malmenée selon lui par Nicolas Sarkozy et François Hollande, Emmanuel Macron a renvoyé une image distanciée qui, adossée à une politique jugée trop libérale, menace de le couper d’une part importante des Français.

Christophe Castaner l’a dit lui-même samedi: “Nous sommes, notamment sur la réforme en profondeur du travail, sur une étape charnière: il y a eu les ordonnances qui sont aujourd’hui derrière nous, il y a l’ouverture de grand chantier de la formation, de l’apprentissage, de l’universalité des allocations chômage.”

Et d’ajouter qu’en “même temps, Emmanuel Macron ne s’est jamais rien interdit dans sa communication. Il a juste évité une présidence bavarde, il a voulu une présidence d’action”. “Il y a des moments où il doit aussi échanger avec les Français dans des formes plus traditionnelles, et celle d’un 20 heures lui a paru la bonne”, a argumenté Christophe Castaner.

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